Interview de Marion PDF Imprimer Envoyer

L'automne dernier, AFDIAG Infos a rendu visite à Marion Jonchères qui prépare un tour du monde des sommets en 2011.

 

AI : Marion, peux-tu te présenter en quelques mots ?

MJ : J’ai 39 ans, suis née à Paris et y habite même si je file dès que possible dans les Alpes. Les Hautes Alpes sont ma région d’adoption. Je suis fan de neige, de glace et de haute altitude et pratique autant que me le permet mon emploi à la Direction Financière de Société Générale. En 2011, je fêterai 20 ans d’alpinisme !

 

AI : En quoi consiste ton projet ?

MJ : Après une expérience similaire en 2004, je prends une année sabbatique en 2011 et me prépare à grimper et skier sur les Neiges et Glaces du Monde dont certaines parmi les plus reculées. 2004 avait permis de monter six fois au-dessus de 6900 mètres d’altitude, parcourir 85.000 mètres de dénivelée positif et passer un jour sur trois au-dessus de 3000 mètres. L’année 2011 est l’occasion d’aller des Andes à l’Himalaya en passant par l’Alaska et l’Arctique, avec pour point d’orgue en décembre l’ascension du Mont Vinson en Antarctique et le ralliement à ski du Pôle Sud. Moins d’altitude au programme avec « seulement » trois sommets de plus de 6800 mètres, mais plus de glaciers et calottes glaciaires et donc de froid.

 

AI : Quelle est ta motivation pour partir ainsi pendant une année entière ?

MJ : Une année sabbatique passée sur les montagnes du monde est une façon d’aller au bout de ses rêves, de vivre intensément, comme en accéléré, en découvrant chaque jour de nouveaux paysages et de nouvelles expériences. A chaque retour de course en montagne, je n’ai de cesse de retourner grimper et skier. De lever à nouveau la tête et les yeux, le cœur gonflé de l’espoir de rassasier un appétit et une soif inextinguibles. Le regard ailleurs, l’esprit concentré sous l’effet d’une force intérieure qui pousse, sans relâche, à repartir haut, très haut. Boulimique. Avec un sentiment d’impérieuse nécessité. Aller plus loin monter plus haut, plus fort. Pour une joie sauvage, une jouissance éphémère, une poussée d’adrénaline, une sécrétion d’endomorphine. Pour se réaliser, avoir envie, rêver et oser. Pour vivre !

Il faut quand même revenir. Ne pas oublier que l’on n’est qu’un invité, de passage dans ces environnements exceptionnels. Montrer les photos les plus belles. Raconter la fascination et la beauté plutôt que la peur ou les difficultés. Partager des horizons inconnus voire insoupçonnés. Une manière de revivre des instants privilégiés et de reprendre pied avec la réalité.

 

AI : Comment as-tu choisi les sommets que tu vas tenter ?

MJ : Les voyages sont organisés par des agences de voyages spécialisées, françaises ou étrangères, ainsi que des professionnels rompus aux techniques d'expédition. Je suis donc tributaire des destinations planifiées et des départs effectifs. Je prête également une attention particulière à choisir des objectifs en adéquation avec mes moyens.

Certains sommets étaient dans ma tête depuis un moment sans avoir eu l’occasion de partir, comme le San Valentin en Patagonie chilienne, le Satopanth dans le Garwhal indien ou le Vinson en Antarctique. D’autres me faisaient hésiter, un peu par crainte, comme le Mac Kinley en Alaska. Enfin, certaines étapes ont été fixées suite à une opportunité : un ami qui organise l’expédition et me demande si je souhaite y participer (Langtang Ri), une agence qui propose ce dont je n’avais jamais osé rêver (le Pôle Sud)…

Les expéditions se feront à skis (Groenland, Pôle Sud, Alaska pour partie) et à pied, en fonction des saisons et des conditions rencontrées.

 

AI : Comment te prépares-tu ?

MJ : Globalement, ce sont des expéditions qui interviendront dans un environnement sans concessions (isolement, froid marqué voire intense, vent). La répétition de ces ascensions sur une année complète constitue un véritable challenge tant d’un point de vue physique que psychologique. J’ai beaucoup tourné cet été en montagne et m’attache à maintenir un certain niveau de forme physique. Le danger, à quelques semaines du départ, est de trop en faire et de partir fatiguée, de se blesser ou de ne plus avoir la même envie. Je ne me suis pas encore résolue à prendre des douches froides pour commencer mon acclimatation au froid ! La motivation sera primordiale dans la gestion des ascensions tout au long de l’année.

 

AI : Qu’emmènes-tu dans ton sac ?

MJ : Sûrement beaucoup trop de choses… Il faut dire que le matériel technique et les vêtements techniques sont lourds et encombrants ! J’ajoute quelques livres, un lecteur MP3 et un appareil photographique numérique qui permet également de réaliser de petits films. Et puis, bien sûr, des produits spécifiques puisque je dois suivre un régime sans gluten depuis seize ans maintenant.

 

AI : Justement, peux-tu nous en dire un peu plus sur la façon avec laquelle tu concilies maladie cœliaque et voyage ?

MJ : L’Asie et le Chili sont très faciles pour un malade cœliaque. Le Pérou et la Bolivie beaucoup plus difficiles. Les Etats-Unis ? Je ne sais pas et vous raconterai…

Après, il y a aussi la vie quotidienne pendant les expéditions où on est souvent assistés d’une équipe de cuisine en trek et jusqu’au camp de base pour, plus haut, passer à la nourriture déshydratée. Les agences de voyages préviennent leur contact local au sujet du régime. Cela se passe généralement bien,  au prix parfois de quelques impasses sur des plats préparés par les cuisiniers de l’expédition, dans le doute. Si l’on demande gentiment, le cuisinier sera souvent prêt à faire cuire un peu de riz… Au Pakistan, j’avais même du pain de maïs frais tous les matins où nous étions au camp de base !

Il m’est arrivé plusieurs fois de perdre quelques kilos sur un voyage, ce qui peut être délicat à gérer compte tenu de l’effort physique à fournir. J’essaie donc d’anticiper en transportant de France la quasi-totalité des petits déjeuners (qui ne doivent pas nécessiter de cuisson au four) ainsi que quelques produits à grignoter pour obtenir rapidement de l’énergie. J’emmène aussi de France des plats lyophilisés et soupes instantanées puisque très peu sont sans gluten. Ces colis alourdissent les bagages qui sont soumis aux quotas des compagnies aériennes et me forcent à une discipline certaine sur les autres affaires. Je remercie les fabricants de produits sans gluten et notamment Schar qui me suivra en 2011 : sans eux, l’organisation serait beaucoup plus compliquée et l’alimentation moins variée !

 

AI : As-tu un message pour les lecteurs d’AFDIAG Infos ?

MJ : Oui ! Etre cœliaque et voyager, c’est compliqué mais cela peut s’organiser. De plus en plus de prestataires sont aujourd’hui sensibilisés aux allergies alimentaires et, s’ils ne connaissent pas bien le régime sans gluten, sont capables d’écouter et de comprendre.

Le niveau de dépense physique me semble, lui, devoir être adapté à chacun. Il y a des moments difficiles où l’on se sent fatigué. Il faut surveiller les analyses de sang pour vérifier que rien ne manque.

En résumé, la maladie cœliaque n’est pas nécessairement un frein à vos projets !